L’enquête de la division des investigations criminelles (Dic), sur le braquage des 100 millions de FCfa, perpétré le 21 mars dernier sur la corniche ouest, par un gang de scootéristes, est bouclée. Au total, 10 individus ont été identifiés comme les auteurs, plus de 41 millions de FCfa du butin ont été récupérés. Trois maillons de ce gang en cavale, sont dans le collimateur des enquêteurs.
Six jours, c’est le temps qu’il a fallu aux limiers de la division des
investigations criminelle (Dic), pour infiltrer et démanteler, le tristement célèbre gang de scootéristes. Ces derniers se sont illustrés le 21 mars dernier par un fait d’arme qui a défraie encore la chronique. En plein jour et de surcroit sur une artère aussi empruntée que la corniche ouest, les malfrats vont opérer un braquage spectaculaire, déroulé avec un timing millimétré. Une fois leur sale besogne accomplie, le gang est reparti des
lieux avec un butin chiffré à 100 millions de francs par le convoyeur, Mady Ndiaye et son patron, Cheikh Badiane propriétaire de ce pactole. Le dernier nommé qui s’active dans le transfert d’argent, a dans le cadre de ses activités professionnelles, a recruté, M. Ndiaye, à qui il a chargé du
retrait et du convoi, des fonds pour alimenter ses différents points de vente, cela depuis 3 ans.
Cette prouesse délictuelle qui a fait les choux gras de la presse finira sur la table du patron de la Dic, qui a hérité du dossier pour enquête et arrestation de toute personne mêlée de près ou de loin à ce forfait. Les éléments aguerris du «Gri», une entité fer de lance de la Dic, sont alors entrés en scène. De prime abord, leur mission s’annonce difficile, dans le sens où, aucune information sur les auteurs de ce braquage n’a filtré.
Mais, c’était sans compter avec leur expérience car, ils n’en étaient pas à leur première affaire de ce genre. Et dans les heures qui ont suivi, les enquêteurs sont parvenus à mettre la main sur deux des «commandos» qui ont signé cet acte répréhensible. Il s’agit du duo Kéba Sall et Cheikh M. Sidibé. Poussant leurs investigations encore plus loin, ils vont finir par remonter toute la chaine. Chemin faisant, ils ont procédé à l’arrestation de sept autres personnes. Au cœur de l’enquête, deux questions ont essentiellement prévalu, comment les éléments de ce gang sont parvenus à savoir que le convoyeur, Mady Ndiaye devait retirer ce jour-là, ce montant faramineux et dans quelle conditions les braqueurs ont-ils monté une telle opération ?
Comment le mouchard, A. Badiane a vendu la mèche à S. Ba et Cie
Pour réponses à ces interrogations, des sources concordantes avisées s’attardent sur les confessions du présumé cerveau de ce gang, Souleymane Ba. Celui-ci a fini par se constituer prisonnier dans la soirée du 25 mars dernier, à 21h40mn, à la suite de l’arrestation de son père, Ibrahima Ba après qu’il ait perçu un montant issu de ce braquage. Si l’on s’en tient aux faits, la planification de ce braquage a été faite le 15 mars dernier (6 jours avant l’attaque du convoi). Souleymane Ba a été approché
par Abdoulaye Badiane, un proche collaborateur de la victime, l’homme d’affaire, Cheikh Badiane. Au cours de leur entretien, A. Badiane révèle à Souleymane que le nommé, Mady Ndiaye, employé de Ch. Badiane, se présentera le 21 mars courant, à l’agence bancaire à l’enseigne «Fbn» sise aux Almadies. Poursuivant, A. badiane lui indique que ce convoyeur devra
y retirer la somme de 30 millions FCfa. Fort de ce renseignement, S. Ba qui se frottait déjà les mains à l’idée de réaliser son plus grand fait d’arme, s’empresse de constituer un «commando», pour intercepter le convoyeur de fonds. Le gang qu’il mettra sur pied sera composé de, Kéba Sall, Cheikh Moussa Sidibé, Samba Ndao Gnang dit Paco, Makhtar Diop dit Ada Fass etun certain F. (en cavale). Ayant réuni séquentiellement tout ce beau monde, Souleymane va, en intelligence avec eux, peaufiner le mode opératoire. L’opportunité du signal de départ de l’opération est laissé à l’appréciation du mouchard, Abdoulaye Badiane qui s’est illustré le jour des faits (21 mars 2025), en confirmant à distance à Souleymane que leur cible, M. Ndiaye était en route pour rallier la banque «Fbn». Une fois au courant, Souleymane fait le rappel de sa troupe. A bord de trois motos, ils se rendent aussitôt à ladite agence bancaire et se postent à un point discret, mais ayant une vue dégagée sur leur cible. De leur position, Souleymane et son gang épiaient attentivement le portail pour ne pas rater la sortie de Mady Ndiaye. Pendant ce temps, S. Ba va communiquer avec le mouchard qui va lui dresser un portrait-robot détaillé du convoyeur.
La partage du butin dans une chambre pris en location pour la circonstance
Ignorant tout de ce piège du «commando» des scootéristes, le convoyeur, M. Ndiaye qui avait en bandoulière son sac à dos qui contenait les montants retirés, quitte la banque à bord de son scooter de marque «Beverly-S», et emprunte la corniche ouest. Son objectif était de regagner leur bureau sis à l’Avenue Blaise Diagne. La bande qui le suivait de près attend le lieu propice pour lancer l’assaut. A hauteur de la mosquée de la divinité, la moto de Mady Ndiaye est violemment percutée par une des
motos du gang. Sous le poids du choc, Mady Ndiaye chute lourdement. Il est aussitôt cerné, molesté et son sac à dos lui est arraché par le duo, Kéba Sall, Cheikh M. Sidibé. Le butin entre leurs mains, ils vident les lieux en trombe. Souleymane Ba et son gang vont se retirer dans une chambre prise en location quelque part à Dakar pour servir de lieu de partage du butin. Kéba Sall et Cheikh Moussa Sidibé sont les premiers à y débarquer.
Selon certaines indiscrétions, ils ont procédé à un rapide inventaire du montant récolté, avant d’y être rejoint par le reste de la troupe. Dans l’intimité de cette pièce, le gang au complet fera le partage des liasses de billets de banque.
Le présumé cerveau, S. Ba affirmera par la suite, qu’il a reçu 15 millions FCfa et l’avoir par la suite dissimulé soigneusement dans sa chambre, avant de prendre la tangente. Sur la somme de, 1 950. 000 FCfa qu’il a transféré à son père, il dira que ce montant lui a été offert par son ami Makhtar Diop. Quant à l’identité du fantôme de la bande, un certain F…, il soutient que celui-ci a rejoint la bande, sur invitation de Kéba Sall.
L’arrestation progressive des autres maillons du gang va permettre de cerner davantage les tenants et aboutissants de ce braquage. C’est en cela que l’un deux, Makhtar Diop dira avoir remis 10 millions au nommé, Papa G. Sarr, lequel précisera-t-il, a transféré 2 millions FCfa à un certain, Youssou Ba, pour le compte d’Ibrahima Ba, père de S. Ba. Localisé et mis aux arrêts, Papa G. Sarr va confirmer avoir reçu 5 millions FCfa de la part de, M. Diop. Se voulant plus explicite, Papa G. Sarr va préciser les
circonstances de cette remise. A l’en croire, le jour du braquage, Makhtar l’avait retrouvé à son domicile et lui a confié un sachet contenant les 5 millions de FCfa, sans aucune information, quant à sa provenance.
Le rouleau compresseur qui a permis à la Dic de saisir 41 225 450 FCfa des mains des malfrats
La poursuite des investigations a permis de relever qu’au regard des montants reçus par les différents membres du gang, tout porte à croire qu’une bonne partie des 100 millions de FCfa a été dissimulé par le duo, Kéba Sall et Cheikh M. Sidibé, arrivés en premier dans la chambre qu’ils avaient louée. Sur ce partage du butin, l’enquête va permettre de situer la part de chacun. Kéba Sall certifiera avoir empoché 17 millions FCfa, qu’il a gardé dans la chambre de sa copine, A…, à Pikine. La perquisition de cette
chambre a permis de saisir ledit montant. Le même montant est perçu par, Cheikh M. Sidibé et sera récupéré par la police au cours de la perquisition de sa chambre. Arrêté à Ndamatou (Touba) où il s’était retranché, Makhtar Diop alias Ada Fass, dira avoir reçu 12 millions FCfa et prétend avoir confié les 10 millions à S. Ba. Il a en sus acheté une moto de marque «Honda» à 600 000 FCfa sur les 2 millions FCfa qu’il avait gardés par devers lui. Ada Fass va conserver 850 000 FCfa dans son salon, avant de se retirer à Touba, où il a été mis aux arrêts avec, 425 450 FCfa en
poche. La perquisition de son domicile a permis aux limiers de saisir les 850 000 planqués et la fameuse moto.
Le 24 mars suivant le sieur, Demba A. Gnang, père de Samba Nd. Gnang, alias Paco est livré aux policiers de la Médina, pour signaler avoir reçu des mains d’un livreur, une importante somme d’argent. Cette dénonciation a permis aux policiers de saisir 4 millions FCfa. Au terme de l’enquête la somme de 41 225 450 FCFA sera récupérée par les limiers de la Dic, qui ont déféré en deux phases, tout ce beau monde devant le parquet du tribunal de grande instance de Dakar pour un chapelet d’infractions allant de l’association de malfaiteurs, vol en réunion commis avec violence et usage de moyens de locomotion… Trois maillons du gang toujours en cavale sont activement recherchés. Le dossier a fait l’objet de l’ouverture d’une information judiciaire.
L’OBS